Le courage de vieillir : ce que la philosophie japonaise d’Ichiro Kishimi peut nous apprendre

Vous traversez des journées intenses, au contact de la souffrance, de la vulnérabilité, du vieillissement des autres. Et parfois, une question surgit pour vous, discrète et peut-être tenace : et vous, comment vous préparez-vous à vieillir ? Comment tenez-vous debout dans un métier qui vous confronte chaque jour à la finitude ?
De mon côté, mes accompagnements auprès de personnes âgées m’ont largement invitée à réfléchir, voire bousculée 😉 

Le livre « Avoir le courage de vieillir », du philosophe japonais Ichiro Kishimi, m’a interpellée profondément sur ce sujet qui m’habite et qui résonne probablement pour vous médecins, infirmières, travailleur sociaux, qui êtes aux côtés des patients, des bénéficiaires …
Ce livre parle à l’humain derrière le professionnel.

Dans cet article, je vous propose une lecture de cet ouvrage à travers le prisme de votre réalité de terrain, selon ma perception évidemment.
Avec ce qu’il apporte, ce qui résonne et ce qui, parfois, mérite d’être questionné à mon sens.

Ichiro Kishimi : un philosophe ancré dans la vie réelle

Un parcours qui parle avant même d’ouvrir le livre

Ichiro Kishimi est philosophe japonais, spécialisé dans la philosophie antique et la psychologie Adlérienne. La philosophie du vieillissement, pour lui, n’est pas abstraite. Elle se confronte à la vie, aux obligations, aux pertes. Il a en effet quitté son doctorat pour prendre soin de sa mère vieillissante.

«  Avoir le courage de ne pas être aimé » est un livre qui m’a aussi marqué, il nous y invite à nous libérer du regard des autres. Ici, avec « Avoir le courage de vieillir » le terrain change : il ne s’agit plus de la relation aux autres, mais de la relation à soi-même dans le temps.

De la liberté sociale à la liberté existentielle

Là où le «  Avoir le courage de ne pas être aimé » posait la question : « Comment cesser de chercher l’approbation des autres ? », celui-ci pose une autre question : « Comment se réconcilier avec ce qu’on a été, ce qu’on est, et ce qu’on cessera d’être ? »

Pour nous tous, et pour les soignants habitués à se définir par leur utilité, leur rôle, leur capacité à tenir, cette question touche juste, me semble-t-il.

Vieillir : une peur construite, pas une fatalité

La valeur d’une vie ne se mesure pas à sa productivité

Dans notre société et dans vos services, la valeur d’un être humain est souvent mesurée à ce qu’il produit, ce qu’il supporte, ce qu’il rend. Kishimi retourne cette logique : la valeur d’une vie est intrinsèque. Elle ne dépend ni de l’utilité sociale, ni de la performance, ni même de l’autonomie physique.

Pour vous, soignants, travailleurs sociaux, qui accompagnez chaque jour des personnes âgées, malades ou dépendantes en EHPAD, à l’hôpital, au domicile, cette idée n’est pas abstraite. Vous la voyez à l’œuvre. Ce que Kishimi nomme, vous le vivez.

Une question qui déstabilise et libère

Kishimi pose cette question lors de ses accompagnements : « Si vous pouviez revenir à vos 18 ans, le souhaiteriez-vous ? » La majorité répond non. Pas parce que tout allait bien, mais parce que les années ont apporté quelque chose que la jeunesse ne peut pas avoir : une compréhension plus fine, une présence plus juste à soi-même.

Ce que vous avez traversé, les nuits de garde, les deuils répétés, les décisions difficiles, les relations complexes, n’est pas une usure, pas que … C’est aussi une forme de profondeur que peu de gens peuvent comprendre, suivant comment on le reçoit et ce qu’on en fait.

Ce que ce livre apporte 

Une philosophie du présent, pas de la performance

« Avoir le courage de ne pas être aimé » nous proposer de nous libérer du regard des autres. « Avoir le courage de vieillir » nous invite à une autre libération : l’obsession de l’avenir, la culture du projet permanent, l’idée que la vie vraie commence toujours demain.

Dans vos métiers, vous le savez : demain est une ressource incertaine. Kishimi retourne cette réalité, ce n’est pas une menace, c’est une invitation à vivre pleinement dans le moment présent.

Cette pensée du Ici et maintenant est certes galvaudée et à la fois elle reste puissante dans ce livre. Kishimi nous en parle de manière fluide, illustrative, incarnée, cela prend un autre sens, en s’intégrant à sa philosophie globale.

Un livre plus intime, plus incarné

Le premier livre était construit comme un dialogue philosophique, vif, presque théâtral. Celui-ci est plus personnel. L’auteur parle de ses propres parents, de sa propre traversée. On sent une écriture intime, qui accepte de ne pas tout résoudre.

Ce qui résonne moins de mon côté

Le lien aux parents vieillissants : devoir ou choix ?

Il y a des chapitres du livre où quelque chose résiste pour moi. Lorsque Kishimi aborde le lien à ses parents vieillissants, il en parle avec une évidence presque sereine, comme si accompagner ses aînés allait de soi, presque un devoir naturel.

Mais pour ceux d’entre vous qui travaillez auprès des aidants ou qui en êtes vous-mêmes, ce cadrage peut sembler trop simple. Être aidant, ce n’est pas un rôle qu’on endosse par défaut. C’est un choix. Souvent lourd, parfois ambigu, toujours complexe. On peut le vivre comme un non choix, imposé, pour ma part, j’y mets une nuance de la place qu’on peut s’autoriser à faire à ce « statu » d’aidant, et donc du choix que l’on peut s’autoriser : faire, un peu, moins, beaucoup, suivant le contexte.

La place de l’aidant : un défi, pas une obligation

Ce que Kishimi nomme comme une évidence, d’autres le vivent comme un défi permanent, trouver sa juste place, éviter l’épuisement, ne pas se perdre dans le soin de l’autre. La charge émotionnelle des aidants mérite d’être nommée comme telle.

Ce sont ses mots, sa vision du monde, nourrie de sa propre histoire. Il offre une boussole, pas un itinéraire obligatoire. À chacun de construire la sienne. Et c’est bien là pour moi, qui accompagne des aidants la différence nécessaire. Il parle de lui, il propose presque sa moralité. Chacun de nous peut faire selon ce qu’il est et veut, sans que cette aidance soit décrétée par d’autres

Ce que ce livre peut changer, concrètement

Trois idées à garder
  • Votre valeur ne dépend pas de ce que vous produisez. Même en période d’épuisement professionnel, vous avez de la valeur.
  • Vieillir, ce n’est pas perdre. C’est aussi accumuler une compréhension que la jeunesse ne peut pas encore avoir.
  • Le présent est le seul endroit où vous pouvez réellement vivre. Pas dans la prochaine garde, le prochain patient, le prochain rdv. Ici, maintenant.
Pour les aidants en particulier

Si vous accompagnez des proches vieillissants en parallèle de votre vie professionnelle, ce livre peut vous aider à nommer ce que vous portez et à réfléchir à votre propre rapport au temps et à la juste distance.

Et vous, comment vous situez-vous face au vieillissement ?

Ce livre soulève des questions qui touchent à la fois à votre vie personnelle et à votre pratique professionnelle. Si vous sentez que certaines méritent d’être explorées, votre place d’aidant, votre rapport au temps présent, à l’engagement, à l’épuisement, votre façon de trouver du sens, je vous propose d’en parler ensemble.

Vous pouvez réserver une séance découverte gratuite, en visio, pour explorer ce qui vous anime et ce qui vous pèse. Sans engagement, dans un cadre confidentiel et bienveillant.

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