Il y a des écoutes qui informent et des écoutes qui déplacent.
Le podcast « Ressentir » de Jessica Troisfontaine appartient à la seconde catégorie.
Je pensais y trouver de belles conversations, j’y ai trouvé un miroir.
Un miroir tendu à ma tolérance, à mon ouverture, à mes jugements les plus rapides, ceux que je croyais avoir apprivoisés après vingt-cinq ans dans le médico-social et dix ans à accompagner des équipes hospitalières.
Voici ce que cette écoute m’a fait et pourquoi je crois qu’elle parle directement à vous, acteurs de la santé et du social : médecins, infirmières et infirmiers, aides-soignants, cadres de santé, travailleurs sociaux, assistantes sociales, éducateurs.
Pourquoi j’aime tant écouter des podcasts ?
Avant de vous parler de celui-ci en particulier, je me suis interrogée : qu’est-ce qui me rend si fidèle à ce format ? La réponse tient en un mot : la liberté.
Liberté de temps, d’abord. On écoute quand on veut. Entre deux rendez-vous, en marchant, en cuisinant, pour ceux qui aiment ça ou tard le soir quand la maison s’est tue.
Liberté d’espace, ensuite : on écoute où l’on veut, sans écran, sans posture imposée. Et puis cette liberté plus intime encore : celle de mettre en pause. De revenir en arrière. De réentendre une phrase qui nous a effleurés et, en la réécoutant, de mieux l’entendre. Combien de fois une parole ne se livre-t-elle qu’à la deuxième écoute ?
Vous qui travaillez à l’hôpital, en EHPAD, en service de soins, en institution sociale ou médico-sociale, en polyvalence de secteur, vous connaissez la rareté de ces espaces où l’on choisit son rythme. Le podcast est peut-être un de ces lieux où l’écoute nous appartient entièrement.
Pourquoi « Ressentir », en particulier ?
La place que Jessica Troisfontaine choisit d’occuper
Jessica Troisfontaine, ancienne avocate d’affaires, part à la rencontre de femmes et d’hommes qui, dit-elle, « écoutent le vacarme de leurs émotions », des personnes qui vivent le monde à fleur de peau, attentives à leurs sensations. Ce qui me retient, ce n’est pas seulement qui elle reçoit mais comment elle reçoit.
Sa place est d’une douceur rare. Finesse, précision, et derrière chaque question, un travail de recherche considérable : on sent qu’elle a lu, écouté, préparé. Ses introductions en forme de portrait sont souvent très émouvantes, pour les invités et pour nous auditeurs. Jessica Troisfontaine se met entièrement à la disposition de son invitée, présente pour sa mise en valeur, jamais pour la sienne. Elle dit d’ailleurs n’inviter que des personnes qu’elle aime. Est-ce vraiment vrai ? Je me pose la question en souriant. Mais à l’écoute, quelque chose de cet amour-là s’entend : une qualité de présence qui autorise l’autre à se dire.
Cette posture, vous la reconnaissez peut-être : c’est celle que nous cherchons, nous, professionnels de la relation d’aide et du soin. Être là pour l’autre, pas à sa place.
Cueillie sur mes propres jugements
Autant le podcast Le Serment d’Augusta, dont je vous parlais dans un précédent article, invite à la réflexion intellectuelle, émotionnelle, autant Ressentir m’a cueillie ailleurs : sur ma tolérance, mon ouverture, mes jugements hâtifs, intuitifs.
Car voilà ce qui m’est arrivé, plusieurs fois, airpods dans les oreilles : un jugement et bing !
« Comment ça, elle ne veut pas de câlin de son fils ? » Cette écrivaine feelgood, dont les livres respirent la tendresse, qui nous confie ne pas vouloir de câlin de son fils tous les soirs ? Ou encore, en écoutant une chanteuse raconter ses années de troubles du comportement alimentaire : « Comment c’est possible de se dire que si l’on mange, on ira en enfer ? » La réaction a jailli avant même que je la voie venir. Spontanée, immédiate, viscérale.
Et puis, presque dans le même souffle : ben en fait, oui, évidemment, c’est possible de dire ça, de ressentir ça, de vivre ça. Puisque cette personne le dit. Puisque cette personne n’est pas moi. Je ne ressens pas comme elle, je ne pense pas comme elle quand elle dit cela.
J’ai pu me voir réagir spontanément et déconstruire tout aussi spontanément.
C’est peut-être là le vrai cadeau de ce podcast : il ne m’a pas seulement fait entendre des invités, il m’a fait m’entendre, moi.
La différence, avec un grand D
Cette expérience m’a ramenée aux différences, à la Différence avec un grand D.
Nous sommes uniques, et ce que l’autre dit, pense, ressent n’appartient qu’à lui : cela mérite d’être entendu comme tel.
Ce qu’il dit, il le pense, ou croit le penser, en cet instant. Demain, un autre jour, cela pourrait être autre. Rien de ce qui se dépose dans une parole n’est définitif, tout est vrai de l’instant où c’est dit.
Deux mouvements se répondent alors en moi : la tolérance à ce que dépose l’autre et le courage de se dire. L’un ne va pas sans l’autre.
La tolérance ouvre l’espace : quand je reçois ta parole sans la corriger, sans la comparer à la mienne, sans la ramener à ce que j’aurais dit à ta place, je t’offre un lieu où exister tel que tu es, en cet instant.
Le courage vient l’habiter : oser dire ce que je pense, ce que je ressens, y compris ce qui pourrait surprendre, déranger, décevoir, c’est prendre le risque du regard de l’autre.
Personne n’ose se dire devant quelqu’un qui juge. Et personne n’apprend à accueillir sans avoir été, un jour, accueilli.
C’est un cercle qui se nourrit lui-même : plus je suis accueillie, plus j’ose me dire / plus j’ose me dire, plus je mesure, de l’intérieur, ce que coûte le jugement et ce qu’offre l’accueil.
Du casque audio à la relation d’aide : l’accueil inconditionnel de Carl Rogers
Vous voyez sans doute où ce détour par un podcast nous mène.
Cette écoute qui autorise, cette tolérance qui ouvre, ce courage qui se dit : ce que Ressentir met en scène sans le nommer, vous le pratiquez chaque jour dans vos métiers. C’est le fameux accueil inconditionnel de « mon Carl Rogers préféré » : recevoir les pensées de l’autre comme justes pour lui. Accepter ses différences. Considérer comme un cadeau qu’une personne puisse déposer avec moi, dans l’instant, ce qui fait qu’elle est elle.
Dans la relation de soin comme dans l’accompagnement social, ce regard change tout. Le patient qui refuse un traitement, la famille qui réagit « mal », l’usager qui reproduit ce qu’on l’aide justement à quitter, le collègue qui ne vit pas les choses comme vous les vivriez : autant d’occasions où notre jugement jaillit aussi vite que le mien avec ce podcast.
Que vous soyez médecin, infirmière, aide-soignant, assistante sociale ou éducateur spécialisé, la question n’est pas de ne plus juger, c’est humain, c’est immédiat. La question pourrait être : que faisons-nous dans la seconde qui suit ? Savons-nous nous voir réagir et déconstruire ?
Ce que le coaching vient travailler là
C’est précisément cet espace entre la réaction et l’accueil, que j’explore en coaching professionnel avec les acteurs de la santé et du social.
En coaching individuel, pour apprendre à repérer ses jugements spontanés sans s’en accabler et retrouver la disponibilité qui fait la qualité du soin et de l’accompagnement. En coaching collectif aussi, où il se passe tellement de choses dans les interactions : les jugements s’y montrent en direct, s’y déposent, s’y travaillent et le groupe devient le lieu même où s’apprend l’accueil.
C’est également tout l’enjeu de l’analyse des pratiques professionnelles en équipe : un lieu où chacun peut déposer ce qu’il pense, ce qu’il croit penser en cet instant et être entendu comme juste pour lui, avant que le collectif n’élabore ensemble.
Et si vous vous écoutiez réagir ?
Le podcast Ressentir ne m’a pas appris à ne plus juger, et heureusement.
Il m’a offert l’occasion de me surprendre en train de juger et de choisir, dans l’instant d’après, l’accueil. C’est comme un entraînement et pour vous qui soignez et accompagnez, c’est peut-être l’un des gestes professionnels les plus précieux qui soient.
Si vous avez envie d’explorer vos propres réactions, vos jugements spontanés, votre manière d’accueillir la différence dans la relation de soin ou d’accompagnement, je vous propose une séance découverte gratuite, en visio. Nous prendrons le temps d’entendre, vraiment, ce qui se dit en vous.
Réservez votre séance découverte ici.
Pour aller plus loin
Mon article sur un autre podcast : Le Serment d’Augusta, le podcast qui nourrit les soignants
Découvrir mon accompagnement en coaching professionnel pour les acteurs de la santé et du social
En savoir plus sur l’Analyse des pratiques professionnelles : un espace pour penser ensemble
Un coaching en visio oui ! Coaching en visio pour soignants : fonctionnement et avantages
Et bien sûr, le podcast Ressentir
Bonnes lectures et écoutes à vous !
