« On me parle non-stop de prendre soin de moi. Mais où j’ai le temps de faire ça ? «
Cette phrase, je l’entends dans presque tous mes accompagnements d’aidants et je la comprends profondément.
Quand la journée contient déjà le travail, les enfants, le couple et l’accompagnement du proche, quand la tête est occupée par la place en accueil de jour à re-réserver et le rendez-vous médical à caler, le conseil bienveillant de prendre soin de soi ressemble à une moquerie.
Une tâche de plus sur une liste qui déborde.
Pourquoi cette phrase sonne creux ?
Elle part d’une bonne intention et atterrit comme une injonction. D’abord parce qu’elle suppose du temps disponible, exactement la ressource qui manque. Ensuite, et c’est le plus profond, parce qu’elle se heurte à la culpabilité.
» Est-ce que je peux m’autoriser à aller à la piscine une fois par semaine alors qu’il y a tout ça à faire, à penser ? «
Ce n’est pas qu’une question d’agenda. C’est aussi une question de permission.
Beaucoup d’aidants que j’accompagne pourraient, matériellement, dégager une heure. Ce qui bloque est ailleurs. S’accorder cette heure, c’est accepter de se tourner vers soi alors que c’est l’autre qui en a besoin. Pour qui porte tout depuis des mois ou des années, c’est presque une transgression.
Renverser la question
Plutôt que de chercher un créneau de plus pour une activité de plus, commençons par regarder ce qui, dans une semaine ordinaire, vous recharge, même un peu et ce qui vous vide.
C’est un travail que je mène souvent en coaching et il réserve des surprises.
Telle visite qu’on croyait pesante peut nous nourrir en réalité si on y trouve ce qu’on n’avait pas vu avant. Le pas de côté, le regard dans nos zones aveugles peut permettre de voir cela.
Telle action qu’on s’impose par principe épuise sans rien apporter. Là aussi, regarder sous un autre angle peut ouvrir une voie de décision. Encore faut-il débusquer nos principes 😉
Chez les aidants que j’accompagne, prendre soin de soi ne commence presque jamais par un abonnement au yoga. Ce qui revient, ce sont plutôt des micro-espaces. Un café bu chaud, assise, sans téléphone. Un trajet à pied qu’on n’a pas rempli d’un coup de fil à la pharmacie. Quelques respirations avant d’entrer chez son proche.
Des pauses minuscules, imparfaites, mais réelles. Et beaucoup me disent qu’elles ont un avantage sur la piscine, elles ne demandent la permission de personne.
Il y a enfin la question des valeurs, que l’on explore beaucoup en coaching.
Prendre soin de soi ne veut pas dire la même chose pour tout le monde.
Pour l’une ce sera, la liberté, pour l’autre ce sera la bienveillance ..
Pour l’une ce sera nager, pour l’autre lire vingt minutes, pour un troisième retrouver un ami sans parler de la maladie.
Identifier ce qui compte vraiment pour vous, vos valeurs, vos besoins propres, permet de choisir des pauses qui ressourcent réellement, au lieu de reproduire ce que les magazines appellent du bien-être.
Viendra ensuite le comment faire pour nourrir mes valeurs.
Le répit, un droit, pas un luxe
Il y a aussi les vrais relais, ceux qui libèrent des heures entières. L’accueil de jour, l’hébergement temporaire, les dispositifs de relayage à domicile. Depuis la loi de 2015, un droit au répit est même adossé à l’allocation personnalisée d’autonomie, pour financer ponctuellement une solution qui permet à l’aidant de souffler.
Pour les activer, plusieurs portes d’entrée existent. L’assistante sociale, le médecin traitant, les plateformes d’accompagnement et de répit. Vous n’avez pas à connaître tout le système. Vous avez juste à pousser une première porte et à dire ce que vous vivez.
Ces dispositifs sont précieux et trop peu utilisés, souvent parce qu’on ne les connaît pas, parfois parce que s’en saisir réveille la culpabilité. De ne pas pouvoir tout faire, de ne pas tenir, de ne pas y arriver, de ne pas pouvoir offrir mieux à son proche …
Si on pouvait s’entendre dire que c’est vrai : on ne peut pas tout faire, seul.
S’autoriser, le vrai sujet
Vous l’avez compris, le temps est rarement le premier obstacle. Le premier obstacle, c’est le droit qu’on se donne ou pas. Et ce droit passe par une étape que beaucoup sautent, se reconnaître aidant.
Tant qu’on se voit comme une fille dévouée ou un warrior qui fait tout seul, prendre soin de soi paraît illégitime. Le jour où l’on se dit « moi aussi, je suis aidant », quelque chose bascule. On se découvre des besoins légitimes, des droits et des pairs.
C’est aussi pour cela que les groupes de parole d’aidants ou les formations salariés aidants font tant de bien. On y découvre d’autres personnes qui connaissent le sujet de l’intérieur, qui ont peut-être trouvé leurs propres pauses, pensé et agi autrement. On y dépose ses mots et ses maux, et on s’en trouve allégé, même pour un instant.
Cet instant-là, c’est déjà prendre soin de soi.
Et puis il y a ce qu’on oublie de dire. Prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin de la relation avec votre proche. Un aidant qui a trouve son truc, son astuce pour être pleinement présent à lui, arrive autrement au domicile de son proche, dans la pièce, au téléphone. Moins à cran, plus disponible, capable d’écouter sans calculer mentalement tout ce qui lui reste à faire. Votre proche peut le sentir, même sans pouvoir le nommer. En tous cas, la relation elle oui.
La pause que vous vous accordez, votre proche en reçoit une part.
Vous connaissez la métaphore du masque à oxygène en avion : soi d’abord pour aider l’autre ensuite.
Par où commencer, pour vous ?
Si cet article vous a parlé, je vous propose une séance découverte gratuite, en visio, sans engagement. Pas pour ajouter une ligne à votre liste, mais pour regarder ensemble où sont vos ressources et vos pauses possibles. Contactez-moi.
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