On parle beaucoup de la charge mentale des femmes, ces listes invisibles qui tournent en tête pendant qu’on fait autre chose.
Celle des proches aidants lui ressemble fortement.
Souvent, d’ailleurs, elle s’y ajoute.
Être aidant, c’est avoir constamment une part du cerveau et du cœur tournée vers l’aidé, son proche.
Un téléphone jamais en mode silencieux, parce qu’on ne sait jamais.
Une capacité à gérer de front son travail, ses enfants, sa relation de couple et l’accompagnement de son proche.
Dans cet article, je voudrais nommer cette charge. Parce que ce qui est nommé pèse différemment et/ou déjà un peu moins.
La liste invisible
Concrètement, dans la tête d’une aidante, ça ressemble à ça :
- Appeler l’infirmière pour savoir si vraiment elles sont venues aujourd’hui, parce que ma mère, qui vit seule à domicile, avec des troubles cognitifs, me dit que non. Je la crois ?
- Tenter de joindre le service d’aide à domicile pour la douzième fois, parce que l’auxiliaire de vie a encore oublié de déposer le téléphone à côté du lit.
- Anticiper la rentrée scolaire, avec les rdv orthophonistes, psychomot … et l'(im)possibilité d’une AESH.
- Oh flûte, j’ai oublié l’inscription à la cantine.
- Réserver le transport médical.
- Réserver la place en accueil de jour, oui, chaque semaine il faut le refaire.
Aucune de ces actions, prise isolément, n’est insurmontable.
C’est leur accumulation qui use et surtout leur permanence.
Elles flottent en tête et polluent, pendant la réunion du lundi, pendant le dîner, pendant la nuit.
La coordination des aides, les sollicitations du proche, le labyrinthe administratif, les rendez-vous médicaux à caler dans un agenda professionnel déjà plein. Le tout sans formation, sans passation de consignes, sans collègue à qui déléguer.
L’autre liste, celle des questions sans réponse
Il y a la liste des choses à faire. Et puis il y a l’autre liste, plus silencieuse, celle des questions sans réponse.
- À quel moment il va falloir une entrée en EHPAD et comment savoir ?
- Comment mon fils va grandir, pourra-t-il travailler « normalement » ?
- Comment je gère les relations dans la fratrie ?
- Je suis une bonne mère, vraiment ?
- Et moi, est-ce que je peux m’autoriser à aller à la piscine une fois par semaine alors qu’il y a tout ça à faire, à penser ?
Cette seconde liste ne produit aucune action. Elle ne se coche pas. C’est pourtant elle, souvent, qui pèse le plus lourd, parce qu’elle touche à la culpabilité, à l’angoisse de l’avenir, à l’identité même. On peut rayer « transport médical » d’une liste. On ne raye pas « suis-je une bonne mère ».
Une charge invisible pour les autres
Ce qui rend cette charge si particulière, c’est qu’elle ne se voit pas. Vos collègues voient une absence, pas la nuit passée à chercher une place en hébergement temporaire. Votre manager voit une réunion manquée, pas les trois appels au service d’aide à domicile qui l’ont précédée. Et votre proche lui-même, absorbé par ce qu’il traverse, ne mesure pas toujours l’ampleur de ce que vous orchestrez pour lui.
Cette invisibilité redouble la charge d’un sentiment d’injustice sourde et parfois de solitude. Personne ne voit, donc personne ne reconnaît, donc personne n’aide.
Ce que cette charge produit
Épuisement, oubli de soi, choix impossibles, sentiment d’être sur tous les fronts. Le sommeil qui se fragmente, la concentration qui s’effrite, les loisirs qui disparaissent un à un sans qu’on l’ait décidé. Et cette conviction tenace qu’on doit tenir, puisqu’on a toujours tenu. Puisqu’on est un warrior, on fait tout seul et mieux que les autres. Pourquoi aurait-on besoin d’aide ?
Cette armure a une fonction, elle protège. Elle a aussi un coût, elle isole. Et l’isolement est précisément le terreau sur lequel l’épuisement prospère.
Le corps, lui, finit toujours par parler. Fatigue qui ne cède plus au repos, tensions, irritabilité qui surprend, envie de pleurer devant une broutille. Ce ne sont pas des faiblesses. Ce sont des messagers et ils méritent d’être écoutés avant qu’ils ne crient.
Alléger la charge mentale de l’aidant, vraiment ?
Je ne vais pas vous promettre de faire disparaître cette charge. Tant que vous serez aidant, une part de vous restera tournée vers votre proche et c’est aussi cela, l’attachement. En revanche, elle peut peser moins lourd, être vécue différemment et j’en suis témoin régulièrement.
Nommer, d’abord. Mettre des mots sur ce que vous portez, comme cet article tente de le faire, sort la charge du brouillard. Ce qui est nommé peut être regardé, trié, questionné.
Déposer, ensuite. Écrire la liste plutôt que la garder en tête, distinguer ce qui dépend de vous de ce qui n’en dépend pas, repérer la tâche qui pourrait être confiée, même imparfaitement, à quelqu’un d’autre.
Partager, enfin. Dans les groupes de parole d’aidants que j’anime, il se passe quelque chose de simple et de puissant. Chacun dépose ses mots, ses maux, sa charge et s’en trouve allégé, même pour un instant. Entendre d’autres aidants qui connaissent le sujet de l’intérieur, qui font peut-être un peu différemment, ouvre des possibles qu’on ne voyait plus. C’est le cœur de ce que je raconte dans « Moi aussi, je suis aidant : ces mots qu’on n’ose pas dire ».
Un regard extérieur aide aussi à trier. C’est l’un des apports du coaching que je propose aux aidants. Non pas des conseils de plus, mais un espace où déplier la liste, la vraie, celle qui tourne la nuit. En la déployant à voix haute, on entend souvent ce qui s’y cache : ce qui relève de l’organisation et pourrait se déléguer, ce qui relève de la culpabilité et demande à être regardé autrement, ce qui touche à l’attachement et à ce qu’on ne peut pas changer. Ces trois-là ne s’allègent pas avec les mêmes moyens.
Le coaching, c’est aussi cet endroit où l’aidant se réautorise à exister comme personne, avec ses envies, ses souhaits, ses projets.
Et si on regardait votre charge, ensemble ?
Si cette liste invisible vous ressemble, je vous propose une séance découverte gratuite, en visio, sans engagement. Un temps pour poser ce que vous portez et regarder ce qui pourrait peser moins lourd. Contactez-moi.
Pour aller plus loin
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